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19 décembre 2011
Interview Manga Café V2
Bonjour Reno LEMAIRE, tu es l'auteur de Dreamland, publié chez Pika. D'où t'est venu l'idée de créer un manga sur le monde des rêves? Et comment est né Terrence?

Je voulais écrire une histoire sur les rêves car cela me permettait de pouvoir créer un monde aux possibilités multiples. De « rêves », je suis parti sur « voyageurs », puis « cauchemars », j'ai pensé aux « phobies », le fait de les maîtriser et de s'en servir comme pouvoirs. À partir de ces simples bases, j'ai effectué quelques recherches afin de structurer mon récit, pour créer une cohérence. Je me suis vite aperçu que mon histoire n'était pas faite pour un format B.D. classique, 44 pages couleurs. En définitive, on peut dire que c'est mon scénario qui impose le format !
Pour Terrence, à l'occasion de Noël, on m'a offert un sweat bleu à capuche. Cela m'a donné envie de dessiner un personnage portant ce même vêtement. Pour créer un accord chromatique, j'ai opté pour des cheveux de couleur orange. Et voilà, Terrence est né !

"Je raconte l'histoire de Monsieur tout le monde, à qui il arrive des péripéties fantastiques. Terrence c'est moi, c'est vous, c'est chacun de mes lecteurs."


Ta série est un succès. Selon toi quels sont les éléments qui ont su séduire ton public?

C'est une très bonne question ! Ce que je sais, c'est ce que me disent mes lecteurs, ils apprécient l'univers créé, l'humour qui s'en dégage, ma liberté de ton.
Je me considère avant tout comme un raconteur d'histoires. Dès l'âge de sept ans, j'ai décidé que j'en ferai mon métier. Depuis, je n'ai fait que des pages, des pages, des pages. Dreamland, c'est mon histoire, je l'écris comme j'aimerais en lire une. A l'origine c'est un projet très personnel, l'objectif était de me faire plaisir avant tout. Puis, on s'est intéressé à mon œuvre, elle a été diffusée, et les lecteurs qui me suivent semblent apprécier. J'en suis ravi.
On ne m'impose pas de limites, c'est moi qui me les fixent. J'ai une totale liberté. J'ai instauré les règles de mon récit, libre à moi de les faire exploser ! Je pense que c'est ce côté spontané qui plaît à mes lecteurs. Même si je ne suis pas un grand dessinateur, on me dit souvent qui se dégage « quelque chose » de Dreamland.
Je raconte l'histoire de Monsieur tout le monde, à qui il arrive des péripéties fantastiques. Terrence c'est moi, c'est vous, c'est chacun de mes lecteurs. C'est peut-être cette facilité de se projeter en mes personnages, qui fait aussi que la série soit appréciée.
En bref, il n'y a aucun calcul, tout est spontané, je me fais plaisir à 100%.
J'ai beaucoup de chance de travailler avec les éditions Pika, j'ai une totale liberté, on ne m'impose rien, ils ne mettent pas le nez dans mes pages. C'est une relation de confiance qui s'est installée de tomes en tomes.
Au niveau de la liberté de ton, là aussi il n'y a pas de calcul. Terrence à 18 ans et se comporte comme tel, avec une façon de parler actuelle, réaliste, comme le ferait tous les garçons de son âge. Il était important pour moi que Terrence n'ait pas le bac : il n'a rien foutu pendant l'année, c'est donc mérité et logique. Je veux de la cohérence. De plus, en tant qu'auteur je pense qu'il est pertinent de voir comment notre héros va évoluer, alors que ses camarades ne seront plus dans le même établissement scolaire que lui.
On peut dire que c'est l'ensemble de ces paramètres qui ont conduit Dreamland au succès.


Quel est le personnage qui est le plus pénible à dessiner? Et le plus agréable?

Ça dépend des jours ! Il n'y a pas un personnage plus dur à réaliser qu'un autre. Ils sont tous importants dans l'histoire, je leur accorde autant d'importance. Cependant, il est vrai que Sabba est un poil plus long à dessiner car il faut noircir ses cheveux. Mais bon, c'est vraiment anecdotique ! (rires)


La mise en scène des tomes 5 et 10 est différente des autres volumes. Simple délire, désir de surprendre?

À la base ça part du simple délire. En créant le volume 5, je suis parti sur un délire, pour me faire plaisir. Cela à étonné beaucoup de monde, Il fut décrié, certains l'ont apprécié, d'autres carrément pas! (rires). Depuis le tome 2, j'avais la structure du 10 en tête, mais sans savoir que ce moment de l'histoire correspondrait au 10e opus. Je me suis donc aperçu que mes délires étaient multiples de 5. Je comprends que la narration quelque peu différente soit critiquée, mais bon, je fais cela pour le fun, sans me prendre la tête. De plus, j'ai envie que les lecteurs de Dreamland se disent au moment de lire le quatorzième volume « Reno va encore partir en vrille au prochain tome! » (rires). En plus de me faire du bien, c'est un moyen aussi de me lancer des défis. Arriver à emmener les lecteurs dans mon « trip » tout en modifiant la structure narrative à laquelle ils sont habitués. C'est un exercice de style particulier que j'aime.
Les gens pensent que je pars en vrille sans savoir où je vais, mais je tiens à les rassurer, même si ces volumes sont « barrés » je sais où je vais. (rires)


Comment s'est déroulé le processus de collaboration avec les éditions Pika?

J'avais contacté plusieurs éditeurs qui étaient intéressés par Dreamland. Mon objectif était de me faire plaisir en créant mon histoire, je ne voulais pas qu'elle soit modifiée par quelqu'un pour correspondre aux attentes des lecteurs. J'ai rencontré Pierre Valls (ndlr : directeur éditorial de Pika) afin de voir ce qu'il était possible de faire ensemble. Fort de son expérience il m'a aiguillé, mais je suis quelqu'un de têtu, et je savais où aller avec Dreamland. Il a compris ma détermination et la cohérence de ce que je proposais et il ne m'a rien imposé. La seule chose demandée, qui ne m'a pas posé de problème, était le sens de lecture japonais. C'est pour dire à quel point Pika ne me force pas à quoi que ce soit.
De jeunes auteurs me demandent souvent pourquoi je fais Dreamland. Cela fait peut-être présomptueux, mais de mon humble opinion, il faut avant tout aimer sa série, l'emmener là où l'on souhaite l'emmener, ne pas chercher un éditeur à tout prix, les ventes etc... En tout cas, c'est comme cela que je vois les choses. J'ai beaucoup de chance je m'en rends bien compte. De mon point de vue, s'il y a bien une condition à retenir, c'est le fait de pouvoir mener ma série moi même, totale liberté. Si cela marche tant mieux, mais je me fais plaisir avant tout, je fais grandir mon bébé (rires).


Comment naît un volume de Dreamland?

Le kiff absolu : le story-board! Cela dure environ 10 jours pour un tome. Je dessine grossièrement mais c'est pour me donner une idée des points de vue que je souhaite réaliser, des dialogues, de l'avancée de ma série etc... C'est une maquette en quelque sorte. C'est un moment que j'apprécie beaucoup! Après il y a la phase réalisation avec l'encrage et le tramage. C'est plus fastidieux (rires). Même si la réalisation me plaît moins, elle est capitale car elle me permet de me rendre compte des erreurs qui seraient passées entre les mailles du filet lors du story-board. Quand j'aborde la seconde étape, j'ai davantage de recul sur la première. Je peux donc réajuster mon récit en modifiant ce qui ne me semble pas cohérent. Je fais toujours en sorte d'avancer le plus possible, puis de me poser pour voir si tout est ok, puis je repars de plus bel etc... C'est ma façon de faire, je ne me prends pas la tête! Pour réaliser un volume entier, je mets environ 5 mois, ce qui fait 2 tomes par an, en prenant en compte le temps pour Pika de corriger mes fautes d'orthographe et de l'envoyer à l'imprimerie.

"Les gens pensent que je pars en vrille sans savoir où je vais, mais je tiens à les rassurer, même si ces volumes sont « barrés » je sais où je vais."


Ton style a grandement évolué en 10 tomes. Qu'est-ce que tu ressens quand tu feuilletes tes premiers volumes?

Je ne feuillette pas mes anciens volumes! (rires). Je ne les regrette pas, au contraire, j'en suis fier, mais je suis pas du genre à regarder derrière moi. Même si certains dessins sont pas très beaux, ils sont ce qu'ils sont, on ne peut pas revenir en arrière, sinon je voudrais tous les refaire!


Quels sont les films, séries, mangas etc... qui t'inspirent?

Ouh la la, la liste peut-être très longue! Je suis susceptible d'être inspiré par tout et n'importe quoi. On peut citer notamment, Friends, South Park, One Piece, Dragon Ball, Les Simpsons, Franck Miller etc... Mais bon cela est inconscient. Toutes ces inspirations dépendent de la culture de chacun. On me dit souvent que je m'inspire beaucoup de One Piece. Mais il n'y a pas plus de One Piece que de Franck Miller, c'est juste que la personne ne connaît pas cet auteur de comics!


Si une fée te proposait de collaborer avec un mangaka connu, qui choisirais-tu et pourquoi?

Ah sacrée question... En fait, en regardant les dessins de différents auteurs, j'arrive à savoir quelles sont les techniques utilisées, comment ils tiennent leurs plumes, ce genre de choses. Mais il y a un auteur dont je n'arrive toujours pas à savoir comment il travaille, c'est Hiroaki SAMURA, l'auteur de l'Habitant de l'Infini (Casterman). Il a vraiment un trait incroyable! Il a un dessin d'une maturité exceptionnelle alors qu'il a la trentaine! J'aimerais beaucoup travailler avec lui pour découvrir son secret! (rires).


Comment va Fury (ndlr : le chien de Reno Lemaire)?!

(rires) Il va très bien, toujours la patate et toujours pas très futé!! (rires)


Et toi, quelle est ta phobie?

J'ai pas vraiment de phobie. J'ai des peurs comme tout le monde... Par exemple, un truc qui me stresse, c'est le fait de pas voir ce qu'il se passe sous l'eau quand tu es dans la mer! J'adore la plage, les jeux de plage, ce genre de choses, mais aller dans l'eau et ne pas savoir ce qui se trame sous tes pieds, ça m'angoisse. Tu crois voir des trucs, mais tu vois rien en fait, juste le reflet sur la surface de l'eau... bref, j'aime pas ça! (rires)


Le héros d'un manga est une partie de son auteur. Quels sont vos points communs et vos différences avec Terrence?

C'est vrai qu'il y a de moi en Terrence, mais aussi dans mes autres personnages. Pour Terrence, on s'habille de la même façon, on a la « cool attitude » tous les deux (rires). Par contre, lui est très mou alors que je suis sportif. J'ai toujours des choses à faire contrairement à lui, mais je reste toujours très zen, un peu comme Sabba en fait. Et non, je ne fume pas pour ceux qui s'imaginent que je suis complètement barge! (rires)


As-tu d'autres projets de séries? Si oui, penses-tu rester dans le style shonen?

J'ai plein, plein de projets! Mais pour l'heure il est trop tôt pour en parler, j'attends d'avoir une idée très précise de ce que je veux (scénaristiquement bien sur, mais aussi dans le produit final, nombre de pages, dimensions, papier etc...)


Un art-book Dreamland à venir?

J'aime beaucoup les art-books personnellement, mais avec seulement 10 tomes à mon actif, je trouve ça prétentieux d'en sortir un maintenant. On verra dans quelques années. Par contre s'il voit le jour, il n'y aura que des dessins inédits!


Un message à faire passer à tes lecteurs?

Merci de me suivre dans ce délire! J'espère que vous rigolez bien avec Dreamland, et que vous prenez du plaisir en découvrant les aventures de Terrence et de ses potes! Faîtes moi confiance, je ne vous décevrai pas.


Portrait Chinois :

Un film? Les 3 frères! (rires)
Un personnage célèbre? Je ne sais pas, Roch Voisine! (rires)
Une fleur/plante? Un bonzai
Une couleur? Orange
Un élément? Le feu
Une chanson? Vamos a la Playa!
Une ville/pays? Montpellier/ Japon
Une boisson? Cherry Coke
Un livre? Max et les maximonstres
Un animal? Mon chien Fury!
Un manga (autre que Dreamland)? Ares, récemment sorti chez Booken Manga



Un grand merci à Reno pour sa simplicité, à Laure et Ben pour cette interview.





http://www.manga-sanctuary.com/news/11719/interview-de-reno-lemaire-auteur-de-dreamland.html