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10 octobre 2012
Interview festival bd de Vaison la Romaine
Bonjour, c'est Matthias, nous sommes actuellement au festival de Vaison-La-Romaine. Bonjour Reno !

Salut !


Alors est-ce qu'il y a une bonne ambiance à Vaison cette année? est-ce que tu es content d'être ici ?

Oui moi Vaison je connais bien, ils m'ont invité dès mes débuts, donc quand ils ont remis le couvert, vu qu'ils avaient fait une petite pause de deux ans, j'ai dis d'accord puisque c'est pas trop loin de Montpellier, voilà.


Pour les malheureux qui ne te connaîtraient pas encore et ni Dreamland, est-ce que tu pourrais un petit peu te présenter toi et ton univers ?

Donc je suis l'auteur de Dreamland, il y a onze tomes sortis, je suis sur le douzième, chez Pika édition, c'est une BD au format manga et c'est un petit délire. On suit les aventures un peu bizarres et absurdes d'un groupe d'ados aussi bien dans le monde des rêves (donc Dreamland) que dans la vie réelle où il leur arrive les soucis ou les questionnements des ados quand ils passent le bac, quand ils draguent les filles et ce qui va avec tout ça, donc voilà.


Le manga parfait quoi ! Alors actuellement chez Pika édition tu es au format manga. C'est assez extrême puisque tu as le même sens de lecture que les Japonais. Si tu a un futur projet est ce que tu voudras rester au format manga ou est ce que tu voudrais explorer d'autres formats tels que le format comics ou le format franco-belge ?

J'ai plein de projets, pas forcément manga, il y en a qui pourraient sortir en manga, et d'autres en comics, mais pas forcément, je n'aime pas les cases. Franchement si j'ai envie de sortir par exemple un « one shot » de mille pages couleurs, pourquoi je ne pourrais pas le faire ? Tu vois les éditeurs vont te dire « pourquoi tu ne fais pas trois tomes de trois cent pages couleurs ». Eh bien moi non, dans l'idéal comment je veux l'objet, je veux que ce soit un gros pavé, il faut qu'il y ait un poids, il faut qu'il y ait un toucher, c'est ça quand tu achètes ton tome, tu as des odeurs, tu as cette relation avec le bouquin et moi je réfléchis comme ça, en scénario et en objet, donc tu vois l'histoire elle pourrais très bien coller sur trois tomes de trois cent pages, Mais il n'y a pas moyen, moi mon histoire doit se lire, ça dois être une unité, et ça comment veux-tu l'appeler ?! Un truc de mille pages couleur ? Comics, manga ? En France tu vois il faut mettre des cases, on m'a estampillé Manga, ce qui est normal. Aujourd'hui le rêve des jeunes c'est de devenir Mangaka, mais faut comprendre par là qu'ils veulent faire de la BD, c'est juste qu'en ce moment le Manga est devenu très à la mode, donc les effets de mode tu sais, ça passe, et après ils vont vouloir faire autre chose. Du moment que c'est cohérent moi Dreamland c'est ce que je pense, c'est entier, avec ce que je raconte, j'essaie pas de faire comme les Japonais, j'ai mon histoire à raconter, ça peut dérouter au début, on se dit « tiens ce n'est pas un Shonen classique comme les naruto ou autres ».


T'as raison, ça se ressent énormément quand même.

Voilà eh bien ce n'est pas le coté de changer pour changer, c'est juste, j'ai mon histoire.


Comme tu l'as dit, beaucoup de jeunes viennent te voir avec leurs dessins un peu dans le style manga. Quels conseils tu leur donnes pour qu'ils aillent plus loin, s'ils ont vraiment envie de devenir auteur de BD ?

C'est assez vaste. Alors déjà le premier truc, c'est que je vois que les jeunes qui veulent être mangaka mais ils n'arrivent qu'avec des dessins de poses fixes, de personnages, de naruto… Copier, tu vois il n'y a pas de soucis avec ça, moi j'ai appris à dessiner comme ça, mais le truc, c'est que si tu veux faire de la BD, si tu veux raconter quelque chose avec des pages, des cases, il faut plutôt faire des pages que amener des dessins fixes. Enfin moi ce que je leurs dit souvent c'est : « Est-ce que tu veux faire de la BD ? » On me dit « oui oui » je dis alors « amène plutôt des pages, montre moi ton histoire, pour savoir comment tu racontes ». Là tu peux peut-être donner plus de conseils que « oui d'accord la pose est bien, le bras est mal placé mais c'est pas grave ». Si les jeunes veulent faire de la BD, il faut qu'ils fassent des pages. Moi ma première BD, je l'ai fait à sept ans. Et je ne fais que ça, je n'ai jamais fait de dessin tout seul sur une feuille, je n'en ai fait qu'en dédicaces aux gens, mais c'est pour ça qu'on peut constater une évolution dans mes tomes, parce que je ne cherche pas à progresser ou je ne cherche pas à ce que l'on dise de moi que je suis le meilleur dessinateur. Ce qui me plaît, c'est raconter des histoires, c'est pour ça que j'ai beaucoup de scénarios, je m'en fiche des formats. Depuis que j'ai sept ans j'ai fait ma première BD, et depuis je ne fais que des pages. Chez ma mère il y a des cartons de séries entières. Dreamland c'est ma première, je suis connu, j'ai été édité, mais avant tu vois c'était que des pages, pleins de trucs. Tu vois quand j'ai fait Fantasia saga (ancien projet de Reno) j'avais vingt ans. Mais à sept ans j'ai fait une première BD qui faisait 46 pages, après j'ai enchainé sur le tome 2, tome 3. Moi mon truc c'était ça. Donc mon conseil c'est : posez vous la question, vous voulez être illustrateur ou auteur de BD ? Ce sont des métiers parallèles mais ça ne demande pas les même compétences et pas les mêmes implications dans les domaines. Illustrateur c'est vrai qu'il faut de la technique, il faut connaître certains trucs. La Bd il faut vraiment être bon en tout, pas être le meilleur, si tu es un bon dessinateur mais que tu ne sais pas raconter une histoire, ton tome 1 il va s'acheter, puis le 2 les jeunes vont le lire à la FNAC. Bon il ne faut pas non plus être un « branc » en dessin. Mon graphisme dans le tome 1 n'était pas top, mais il y avait une narration et une histoire. Si tu la pousse à chaque tome, et bien tu suscites l'intérêt du lecteur, donc il faut vraiment lire énormément, lire de tout. Donc deuxième conseil une fois que vous vous êtes posé la vraie question de savoir « je veux faire de la BD ou du dessin ? » eh bien il faut être curieux. Souvent les jeunes ne lisent que du manga. Bon, après quand on vient me voir à l'âge de quinze ans, j'ai envie de dire « éclates toi, franchement fais ce que tu as envie, lis ce que tu veux, dessines ce que tu veux. Moi j'ai jamais eu vraiment de contacts avec les pro, donc fais ce que tu as vraiment envie. » Maintenant quand tu as quelqu'un de 25 ans qui vient me voir et qui veut être édité et envoyer son projet, c'est une autre démarche, dans tout les cas il faut être curieux. Il faut lire de tout, parce que même si tu veux faire du manga, et que quelqu'un dit qu'il aime lire QUE des mangas, et bien c'est comme quand tu goûtes des plats : tu ne peux pas dire que tu n'aimes pas si tu n'a pas tout goûté. Donc il faut lire les autres formats pour dire « d'accord moi je ne veux faire que du manga“. Moi pour ma part, j'ai testé. C'est simple, si tu ne lis qu'un truc tu va être étriqué et tôt ou tard dans ta phase de fabrication ça va sentir que tu es limité. Pour ma part, il y a beaucoup d'influence liées aux BD indépendantes dans Dreamland. Quand j'utilise un gaufrier c'est à dire toujours la même case, toujours la même pagination, tu vois tout ces codes c'est des trucs pris de l'indépendant parce que j'aime ça. Il faut être curieux, il ne faut pas oublier aussi que le manga stylise la réalité. Les auteurs, tous les auteurs, les « Oda » (One Piece), les « Kishimoto » (Naruto), ils ont beaucoup fait de dessins d'après nature, ils ont compris l'anatomie pour après se l'approprier et la styliser. C'est vrai que l'anatomie d'Oda est tout sauf réaliste, mais il sait ou mettre l'omoplate par rapport à la clavicule. Tu n'auras jamais un bras mal placé, tu vois il fait des jambes très grandes, mais ça reste cohérent. Et ce que font souvent les jeunes, c'est qu'ils ne passent pas par les bases, par la phase réaliste, ils copient déjà un style « stylisé », et à cause de ça ils attrapent toutes les erreurs d'anatomie. Quand tu vois les books des jeunes auteurs, les poses sont super mal calées et ça ils ne s'en rendent même pas compte. Tu as envie de dire « tu ne vois pas que le bras là il est plus court », par exemple. J'aurais plus tendance à dire de s'ouvrir à tout et se faire plaisir à travers ça. Bon moi j'étais le premier à copier Toriyama. Après Toriyama c'est assez facile, il amplifie les muscles mais au moins tu peux apprendre l'anatomie avec lui. Tu vois le combat sangoku VS freezer ? C'est ce qui m'a servi pour apprendre l'anatomie au lieu d'aller aux cours de nu. Quand t'analyses bien tout ça, t'arrives à apprendre quelques astuces d'anatomie. Faut essayer de comprendre tout ça. Parce que si tu veux faire de la BD, une bonne BD quoi qu'il arrive, tu ne vas pas faire que des faces et des profils. Donc faire preuve de curiosité est le meilleur conseils, parce que je n'ai pas de conseils à donner au niveau du graphisme, de la technique, c'est tellement propre à chacun. Moi j'apprends tout les jours. Je suis flatté quand on me copie. Tu vois par exemple quand j'ai des fanarts ou quand par exemple des gens me disent « j'adore votre style et je recopie » je dis souvent « non tu sais quoi, prends des meilleurs, parce que moi j'ai beaucoup de lacunes en dessin, mes défauts sont devenus une qualité grâce à ma narration, mais si tu copies un gars comme moi qui a des défauts, tu risques d'avoir mes défauts et c'est mort ». Donc vraiment essayer de regarder des bouquins de Léonard de Vinci ou de Michel Ange, des gros trucs d'anatomie pour comprendre. Tu peux apprendre combien de phalanges il y a dans un doigt puis ENSUITE styliser.


Eh bien ce sont de très bons conseils quand même tout ça. Maintenant on va changer un peu de sujet. Tu as ouvert une boutique qui s'appelle Dreamland Shop. Comment est née cette idée, comment est né le projet ?

Eh bien, de la même façon que Dreamland c'est mon bébé, tu vois, je ne veux pas faire n'importe quoi, c'est pour ça que j'ai gagné de la liberté avec Pika, ils me laissent faire ce que je veux parce qu'ils on compris que je serais le meilleur pour défendre et protéger mon bébé. Donc la démarche des produits dérivés est partie de là, il y a eu une demande, les fans voulaient des posters, des t-shirts. Donc pourquoi on n'en ferait pas ? Pika n'avait ni le temps, ni l'envie d'ouvrir une boutique dreamland… Vu qu'ils n'étaient pas chauds pour le faire et qu'il y avait une demande, à ce moment là j'ai réfléchi… « et si moi je le fais de mon coté pour répondre à la demande des fans, en faisant ce que j'ai envie ? ». On a négocié un contrat avec l'éditeur car je ne voulais pas que Pika me dise « et… tu sais quoi, ça marche ton truc, tu nous dois des sous ». Vu que Pika ne voulait pas le faire et que j'avais des gens de confiance dans mon entourage avec qui je voulais faire quelque chose, on l'a fait. Donc Pika était très ouvert et nous a laissé exploiter la licence. Donc voilà une fois qu'on a eu le contrat, j'ai dit à ma copine (qui est très carrée), « voilà est-ce que tu te sens de le faire ? Parce que on avait beau avoir les droits, moi j'avais trop de travail, avec le tome, et puis ce n'est pas mon délire… Donc je serais à la création, mais monter une boîte, gérer, envoyer les colis a la poste, c'est pas mon but, donc si tu ne veux pas le faire, on ne le fait pas. » Et elle m'a répondu directement qu'elle était d'accord, donc on a travaillé ensemble. C'est elle qui gère tout, qui a tout monté, qui a trouvé les fournisseurs et tout ce qui va avec… Mais au moins je suis a la création. Comme c'est ma copine, et qu'elle connait mon envie, j'ai pu me lâcher sur les t-shirt, sur les sweats. Ce qui est bien dans ce cas là, c'est que t'as personne pour te dire quoi faire. Tu va te dire « donc voilà moi j'ai le sweat UG (ultimate glandeur) dans ma tête, je l'ai, je sais ce que je veux, je sais ce que les fans vont aimer puisque moi je suis quelqu'un de normal, et je pense être quelqu'un qui aime les choses les plus normales du monde. Chaque chose que je crée et que je vend, c'est une chose que je me vois porter.. C'est pour ça que j'estampille pas trop la marque avec un « Terrence » écrit en gros. Le seul truc où il y a marqué Dreamland en gros c'est juste sur le t-shirt avec la forêt. Tu vois, avec le sweat UG il n' y a pas marqué Dreamland. Une personne qui ne connait pas le manga peut alors aimer. Je ne voulais pas estampiller en tant que produit dérivé, avec écrit en gros Dreamland, je voulais un truc qui « passe partout », que moi j'ai envie de mettre. Et puis le fait que tu travailles avec ta copine, que tu aies une totale maîtrise de tout, ça coûte cher, mais au moins on le fait, tu vois j'ai pas envie qu'on oublie la petite flamme sur l'avant bras. Tandis que si tu travaille avec un éditeur il va te dire « bon et bien ça nous coûte trop cher, on ne peut pas ». Donc c'est pour ça que je suis content du Dreamland shop parce qu'on peut proposer des produits de qualité, c'est exactement ce que moi j'ai espéré, et c'est le retour que nous disent les fans, ils sentent que c'est de la sérigraphie, on a fait des étiquettes design. En fait on contrôle tout de A à Z. C'est donc c'est la même démarche que Dreamland, c'est donner quelque chose de sincère, de cohérent avec l'univers, c'est pas de simples produits dérivés, c'est une continuité de l'aventure. Pareil pour les affiches et les posters, c'est hors de question de faire payer à des gens des illustrations qui existent déjà dans les tomes, donc c'est pour ça que les affiches sont inédites. Moi tu vois, je suis autant fan que vous de séries, et je trouve ça abusif de payer 15 euros un poster d'une scène de One Piece qu'il y a déjà partout, qui a été utilisé un milliard de fois… je ne suis pas d'accord. Par exemple Oda n'a pas récupéré ses droits, je pense qu'il aurait la même démarche, n'importe quel auteur aurait la même démarche. Donc moi je me suis dis tu vois, si les gens veulent acheter des posters, ils seraient bien content d'avoir l'illustration inédite qu'il n'y aura jamais dans un tome, qu'il n'y aura que sur ton mur. C'est pour ça que cela permet de se dire que tu travaille pour toi, pour ta petite boite, donc la démarche c'est ça, c'est proposer tout le temps aux fans un truc entier, comme mes tomes, et ça c'est cool.


Eh bien merci Reno en tout cas d'avoir répondu à ces questions, déjà d'être là avec toi ça me fais extrêmement plaisir.

Il n'y a pas de quoi, je suis le gars le plus normal du monde tu vois. Je vois que j'ai du succès, tout le monde dit « Ohhh, Reno Lemaire ! » mais tu sais, quand tu es tout seul chez toi, tu dessines, t'as pas conscience de ça. Moi j'en ai conscience quand je vais en dédicaces, je regarde pas trop ce qu'il se dit, en bien ou en mal sur le net tu vois, je me ferme de tout ça, j'écris mon histoire, donc c'est vrai qu'on dit toujours merci… mais y a pas de quoi. Voilà, c'est que je suis assez occupé, j'ai un planning de fou donc quand je ne suis pas disponible c'est que je ne peux pas.


Eh bien merci, merci quand même ! :) A peluche !





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